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12: Météo et Business : Il n’y a pas que sur la Côte…

February 16, 2012      Lettres      Philippe Gouillou      one response

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La météo a-t-elle un impact sur le business ? Oui, et cela partout dans le monde…

Sommaire

Cette lettre avait été envoyée par email le 30 janvier 2012 : Abonnez-vous pour les recevoir en temps réel


1. Météo et Business : Il n’y a pas que sur la Côte…

"Les gens de Paris ont l’air toujours d’être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir ; la preuve, c’est que lorsqu’il ne fait pas bon à se promener, trop froid ou trop chaud, on ne les voit plus ; [...] Rien n’est changé en vérité."
LF Céline (1932)

La remarque parisienne de Céline serait encore plus vraie sur la Côte 80 ans après : à la première goutte de pluie le moral s’écroule et l’économie s’arrête (presque). Et bien il n’y a pas qu’ici, partout dans le monde de tels effets ont été observés : on parle maintenant de "Météo-Marketing" pour désigner les études dans le domaine.

Impact sur le commerce (météo-sensibilité)

Carte : Impact de la Météo sur la Consommation de bière

La Météo-Sensibilité (c’est son nom) est surtout étudiée pour les Produits de Grande Consommation, en distinguant les impacts respectifs de la pluie, de l’ensoleillement et de la température

Pour certains produits le lien semble évident, comme par exemple la bière : la carte ci-jointe montre l’impact en France d’une variation de la température d’un degré sur la consommation de bières (Carte : Metnext via Definitions-marketing.com).

Il faut noter que les différences d’impact régional varient en fonction des produits. Pour le cinéma, Serge-Henri Saint-Michel remarque que si "jusqu’à 55% des variations de fréquentations sont liées à la météo pour la ville de Vannes, ville côtière fortement « météo-sensible »", on n’est plus qu’à 25% à Paris (soit quand même 220 000 entrées d’écart) et "les habitants de Nice, Marseille, Lille et Strasbourg sont moins influencés par le temps".

Cet effet météorologique global sur le business a été retrouvé aussi ailleurs : Murray et al. (2010) ont montré que le soleil incite globalement à dépenser plus. Cependant Martha Starr-McCluer (2000) a calculé que l’influence météorologique est temporaire, les achats nécessaires s’équilibrant sur un trimestre. 

Impacts psychologiques

Les variations de climat ont eu un impact majeur sur l’évolution de l’humanité avec une règle simple(Buntgen et al., 2011) : les périodes chaudes sont des périodes de prospérité (exemples récents : Empire Romain, Optimum Médiéval, etc.), tandis que les périodes froides sont des périodes de récession, de guerres et de difficultés de survie (chute de l’Empire Romain, Mini Âge Glaciaire, etc.).

La conséquence se retrouve même sur notre apparence physique : l’anthropologue québeccois Peter Frost, PhD, remarque qu’il n’y a qu’en Europe qu’on trouve autant de variation dans les couleurs des cheveux et des yeux, et l’explique par la prévalence de la toundra pendant une longue période, qui a à la fois augmenté le coût des femmes et donc interdit la polygynie ce qui a favorisé la sélection sur la beauté : “Pourquoi les Européens ont-ils tant de couleurs des cheveux et des yeux ?“. Peter Frost a aussi publié un livre sur ce sujet en 2010 : "Femmes claires, hommes foncés : Les racines oubliées du colorisme".

Au delà des adaptations régionales, on constate une forte variation individuelle dans les réactions face à la météo : Klimstra et al. (2011) ont identifié quatre types de réactions face au temps et dans leur échantillon plus de la moitié des 497 personnes interrogées ne montrait pas de réaction particulière, ce qui selon eux expliquerait que les études générales trouvent des liens assez faibles (voir la synthèse sur Psychomedia).

L’impact le plus étudié est celui de la luminosité, avec ses variations saisonnières, notamment pour essayer de combattre ce que William Sheller appelait "Dépression d’hiver" qui a un impact économique majeur.

De nombreuses lampes sont vendues pour pratiquer la "luminothérapie", leur effet est expliqué par l’émission de lumière bleue à 470nm de longueur d’onde (Glickman et al., 2006) qui stimule la zone "réveil" du cerveau (McGregor et al., 2010, ont trouvé les cellules impliquées dans l’hypothalamus).

Les écrans peuvent aussi avoir cet effet, et Swizec en fait une de ses trois explications de pourquoi les programmeurs sont plus efficaces la nuit (généralisable à d’autres professions…), le problème étant que la lumière le soir pose des problèmes de santé (Gooley et al., 2010). A l’extrême, une petite étude pilote (Barbini et al., 2006) a trouvé un effet chez les bipolaires de la "Dark Therapy", c’est-à-dire la suppression totale de lumière (noir complet) pendant de nombreuses heures (voir ce site pour une présentation des principes).

Au niveau management encore, une équipe hollandaise (Viola et al., 2008) avait annoncé avoir trouvé des effets positifs sur le moral et la productivité des employés à l’utilisation sur le lieu de travail de lampes enrichies en lumière bleue mais Philips Lightning, pourtant sponsor de l’étude et fournisseur des lampes testées, en a arrêté la commercialisation.

Plus généralement l’impact de la luminosité a été démontré pour le bonheur (Rehdanz & Maddison, 2003).

Application pratique

A part adapter son produit au climat (vendre des parapluies / parasols quand il pleut / fait beau…) ou adapter sa communication à la température (une société de réparation de pare-brise préfère le gel…) on peut aussi partiellement compenser les effets négatifs d’un mauvais jour, comme par exemple :

  • Augmenter la luminosité augmente l’honnêteté et donc limite les vols (Zhong et al., 2010)

  • Augmenter la chaleur de la pièce (ou offrir une boisson chaude) réchauffe les relations sociales (Ijzerman et al., 2009)

Il faut surtout aller au delà des "trucs" et faire une étude réelle de l’impact de la météo sur ses ventes : dans de nombreux cas le ROI (retour sur investissement) sera très rapide.

Photo : Hong Kong par Christian Habisreutinger (licence CC BY SA)


2. Priming : la simple vue d’un attaché-case rend moins coopératif

Un autre effet du Priming (voir la Lettre 2 : "Manipuler sans se faire prendre : Priming et Subliminal" pour l’explication) : les personnes à qui on a montré des objets liés au business (attaché-case, etc.) ont significativement plus tendance à choisir des mots liés au conflit et à la compétition dans un test de pensée implicite et sont moins généreux dans un jeu de partage monétaire que celles à qui on a montré des objets neutres. 

Il est amusant de constater que des testés ont refusé de reconnaître l’influence du priming (confiants en leur libre-arbitre…) alors même que l’effet pouvait être réduit en insistant sur l’importance de la coopération avant les tests.

La synthèse par Marguerite Rigoglioso : Even the Furniture Can Affect Business Attitudes. Stanford GSB News, (October 2004). 

Photo : Keith Ramsey – Licence CC BY SA


3. Ailleurs : Les records de tweets en 2011 (Infographie)

Digimind a réalisé deux infographies pour montrer l’importance qu’a pris Twitter* l’année dernière … et le type de nouvelles qui y ont le plus de succès :
"En mai, c’était le raid sur la propriété d’Oussama Ben Laden qui générait un pic de tweets par seconde à 5106. Mais c’est une actualité beaucoup plus légère, l’annonce de la grossesse de la chanteuse-actrice Beyoncé qui a produit un nouveau record le 28 mai : 8868 tweets par seconde. Mais une autre dimension a été atteinte lorsque la barre des 20 000 tweets par seconde a été franchie au Japon, le 9 décembre, lors de la diffusion à la télévision du célèbre dessin animé de Hayao Miyazaki , Le Château dans le Ciel : 25 088 tweets par seconde !."

Lien : Digimind (avec l’autre infographie) Les records de tweets en 2011 (Infographie) – 3 janvier 2012

* Neuromonaco utilise deux comptes Twitter :

  • @neuromonaco pour les nouvelles marketing, neuromarketing et d’ordre général
  • @evopsynews pour les informations scientifiques

La page Facebook est quant à elle : https://www.facebook.com/neuromonaco


4. Nissa Miniatura : l’hiver à Nice en Tilt-Shift


Après avoir parlé de pluie, cette magnifique video pour nous ramener à la réalité de l’hiver : Nice, France, en tilt shift, hiver 2010/11, filmé avec un Nikon D3100, réalisé par Chris Santana, musique Esperanza

YouTube: Nissa Miniatura (Nice Miniature)


5. Articles cités

Barbini, B., Benedetti, F., Colombo, C., Dotoli, D., Bernasconi, A., Cigala-Fulgosi, M., Florita, M., et al. (2005). Dark therapy for mania: a pilot study. Bipolar disorders, 7(1), 98-101. doi:10.1111/j.1399-5618.2004.00166.x

Buntgen, U., Tegel, W., Nicolussi, K., McCormick, M., Frank, D., Trouet, V., Kaplan, J. O., et al. (2011). 2500 Years of European Climate Variability and Human Susceptibility. Science. doi:10.1126/science.1197175

Glickman, G., Byrne, B., Pineda, C., Hauck, W. W., & Brainard, G. C. (2006). Light therapy for seasonal affective disorder with blue narrow-band light-emitting diodes (LEDs). Biological Psychiatry, 59(6), 502-507. Elsevier. Pubmed: 16165105

Gooley, J. J., Chamberlain, K., Smith, K. A., Khalsa, S. B. S., Rajaratnam, S. M. W., Van Reen, E., Zeitzer, J. M., et al. (2010). Exposure to Room Light before Bedtime Suppresses Melatonin Onset and Shortens Melatonin Duration in Humans. The Journal of clinical endocrinology and metabolism, jc.2010-2098-. doi:10.1210/jc.2010-2098

Ijzerman, H., & Semin, G. R. (2009). The thermometer of social relations: mapping social proximity on temperature. Psychological science, 20(10), 1214-20. doi:10.1111/j.1467-9280.2009.02434.x

Klimstra, T. A., Frijns, T., Keijsers, L., Denissen, J. J. A., Raaijmakers, Q. A. W., van Aken, M. A. G., Koot, H. M., et al. (2011). Come rain or come shine: Individual differences in how weather affects mood. Emotion (Washington, D.C.). doi:10.1037/a0024649

McGregor, R., Wu, M.-F., Barber, G., Ramanathan, L., & Siegel, J. M. (2011). Highly Specific Role of Hypocretin (Orexin) Neurons: Differential Activation as a Function of Diurnal Phase, Operant Reinforcement versus Operant Avoidance and Light Level. The Journal of neuroscience : the official journal of the Society for Neuroscience, 31(43), 15455-67. doi:10.1523/JNEUROSCI.4017-11.2011

Murray, K. B., Di Muro, F., Finn, A., & Popkowski Leszczyc, P. (2010). The effect of weather on consumer spending. Journal of Retailing and Consumer Services, 17(6), 512-520. Elsevier. doi:10.1016/j.jretconser.2010.08.006

Rehdanz, K., & Maddison, D. (2003). Climate and happiness. Ecological Economics. doi:10.1016/j.ecolecon.2004.06.015

Starr-McCluer, M. (2000). The effects of weather on retail sales. Retrieved from http://www.federalreserve.gov/Pubs/Feds/2000/200008/200008pap.pdf

Yang, A. C., Huang, N. E., Peng, C.-K., & Tsai, S.-J. (2010). Do Seasons Have an Influence on the Incidence of Depression? The Use of an Internet Search Engine Query Data as a Proxy of Human Affect. (C. Neylon, Ed.)PLoS ONE, 5(10), e13728. doi:10.1371/journal.pone.0013728

Zhong, C.-B., Bohns, V. K., & Gino, F. (2010). Good Lamps Are the Best Police: Darkness Increases Dishonesty and Self-Interested Behavior. Psychological Science. doi:10.1177/0956797609360754

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Citation de cette page :

(2012) : "Lettre Neuromonaco 12: Météo et Business : Il n’y a pas que sur la Côte…". ( Neuromonaco. Retrieved from http://neuromonaco.com/lettres/lettre12.htm on 01 Nov 2014. 1899 words.

"[Lettre Neuromonaco 12: Météo et Business : Il n’y a pas que sur la Côte…](http://neuromonaco.com/lettres/lettre12.htm)" Par Philippe Gouillou. _Neuromonaco_. 16 Feb 2012



One Response to “12: Météo et Business : Il n’y a pas que sur la Côte…”

  1. Je connais cette phrase de Céline et l’ai constatée lorsque j’habitais Paris. Une ville dynamique mais aussi et surtout une ville musée

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