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53: Déclencheurs : le besoin d’exagérer

January 7, 2013      Lettres      Philippe Gouillou      3 responses

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Il est parfois nécessaire d’exagérer pour être reconnu et une étude vient de le montrer pour un domaine pourtant habituel : reconnaître le sexe d’une personne. C’est un point généralisable, et cette lettre est la première sur un thème majeur qui va au delà des biais cognitifs et est essentiel pour la décision : les “déclencheurs”.
Aussi : la créativité est vitale pour les civilisations comme pour les entreprises, et l’impact de l’urbanisation.

1. Biais cognitif : comment reconnait-on le sexe ?

WHR

Le WHR (ratio Taille / Hanches)

Johnson et al. (2012) ont montré à une trentaine d’étudiant(e)s[1] des silhouettes humaines ne différant que par leur ratio taille-hanches (voir dessin ci-joint) et leur ont demandé de déterminer leur sexe.

Le ratio taille-hanches (WHR : Waist to Hips Ratio) est un des tout premiers critères de beauté[2]. Le WHR “idéal” chez une femme est d’environ 0,7 et chez un homme d’environ 0,9 et ce résultat a été retrouvé dans plusieurs cultures (Singh et al., 2009). Un WHR trop élevé est associé à une plus faible fertilité chez la femme, et est un meilleur prédicteur de la mortalité à l’âge adulte chez les deux sexes que l’indice de masse corporelle (IMC : poids divisé par la taille au carré, en anglais BMI : Body Mass Index) généralement utilisé (Srikanthan et al., 2009). 

L’étude de Johnson et al. a donné un résultat surprenant :

“Les chercheurs ont demandé à une trentaine d’étudiants et étudiantes de regarder une vingtaine de silhouettes humaines, toutes de même taille, mais avec un changement progressif du rapport taille-hanches: de la silhouette “sablier” caractéristique du genre féminin, à la silhouette massive signant le genre masculin.
Les volontaires ont été invités à dire si chacune des silhouettes était de sexe masculin ou féminin, l’idée étant d’identifier le niveau où ils percevaient un changement de genre.
La démarcation entre la forme d’une femme et celle d’un homme se situe normalement à un rapport taille-hanches de 0,8. Mais les volontaires ont placé la limite à environ 0,68 en moyenne. Autrement dit, pour être identifiable à une femme, la silhouette devait plutôt présenter les courbes d’une pin-up.[3]
(La Libre Belgique)

Les auteurs expliquent ce biais par le danger représenté par les hommes : il est plus sûr de confondre une femme avec un homme que l’inverse (voir Lettre 33.1. : “Les biais cognitifs sont biaisés“).

Le risque de l’anorexie

Cette étude résonne particulièrement à notre époque où on accuse les mannequins de mode de favoriser l’anorexie. Il n’y a pas de lien entre le volume graisseux et le WHR (puisque ce dernier est un ratio : 60/90 donne le même WHR que 100/150 !) mais les modèles actuels n’ont pas qu’un WHR parfait, elles ont aussi un IMC très faible.

Est-ce que la mise en avant de ces modèles favorise l’anorexie ? C’est ce que l’on pense généralement, au point qu’Israel a interdit à compter du 1er janvier 2013 l’utilisation de mannequins anorexiques :

“Désormais, les éditeurs de contenus qui publieront des photos de filles anorexiques, ainsi que les designers qui le feront défilés, seront passible d’une forte amende (juridiction pénale). Et la famille de la personne anorexique pourra également porter plainte contre les éditeurs et designers.”
JSS News

C’est le premier pays au monde à imposer une contrainte aussi forte, mais il est probable que d’autres suivront.

Pourtant ce lien modèles / anorexie est fortement contesté, au profit d’explications génétiques et d’environnement non partagé. Carrie Arnold l’avait très bien résumé sur Slate :

“Les troubles de l’alimentation existaient bien avant l’avènement des top-modèles. Les chercheurs estiment que les «saints affamés» du Moyen Age, telle Catherine de Sienne, étaient des anorexiques. Des récits datant de l’Antiquité racontent que des Romains fortunés se faisaient vomir pendant les banquets, de manière à vider leurs estomacs avant de déguster un énième plat.
A l’époque moderne, l’anorexie a été observée dans les régions rurales d’Afrique ainsi que dans les communautés amish et mennonites – qui sont loin d’être submergées par des photographies de femmes trop minces. Par ailleurs, si les Américains sont tous bombardés d’images de ce type, les troubles alimentaires cliniques ne touchent qu’une très faible partie d’entre eux – et l’argument culturel ne permet pas d’expliquer pourquoi.”
Slate

Cependant, malgré ces critiques, la mise en avant en tant que modèles de réussite de ces mannequins exagérément maigres aura un “effet déclencheur”[4].

Application pratique : les déclencheurs

L’apport essentiel de l’étude de Johnson et al. est de montrer qu’il faut exagérer pour montrer la féminité. 

L’explication donnée ici par les auteurs est un biais cognitif, mais il s’agit aussi d’une généralité que l’on retrouve partout : certains stimuli simples vont activer directement des réactions du cerveau et serviront de déclencheurs à des actions.

La prochaine lettre détaillera ces déclencheurs, mais dès maintenant il faut retenir qu’envoyer certains messages simples exagérés aura un impact majeur sur comment la cible va comprendre le message, et comment elle va y réagir.

Notes :

  1. Le nombre est déjà très faible, et en plus on retrouve la limite de l’appartenance aux WEIRD Societies (voir Lettre 33) : l’étude est donc à prendre avec prudence, mais elle est une excellente illustration du thème.

  2. Ce critère est tellement important qu’il influe même sur les préférences des femmes en fonction de leur propre WHR : les femmes avec le meilleur WHR accorderont plus d’importance aux ressources (la richesse) des hommes alors que les autres mettront plus en avant sa beauté (Pawlowski & Jasienska, 2008). Buss & Shackelford (2008) ont cependant trouvé que les femmes les plus belles “veulent tout” : richesse + beauté…

  3. Cette étude est bien sûr à rapprocher de celle citée Lettre 11 qui montrait l’importance du toucher pour déterminer le sexe d’un visage androgyne :  11.2. Comment rendre votre produit plus masculin (ou féminin) ?

  4. Voir aussi : “Why Are Fashion Models So Skinny?“. By Erik Holland. Feminine Beauty Info. (déjà cité Lettre 6: “Pourquoi le sexe vend ? (et quoi et à qui…)“)

Liens :


2. Ailleurs : Créativité et déclin des civilisations et entreprises

Scambait (vengeance)

Sur Contrepoints, Philippe Silberzahn applique l’approche de l’historien des civilisations Arnold Toynbee pour expliquer le déclin des entreprises :

“Que dit Toynbee?
Selon lui, une civilisation croît lorsque son élite suscite l’adhésion interne et externe grâce à sa capacité créative. Elle cesse de croître lorsqu’une cassure se produit et que cette élite cesse d’être créative et se transforme peu à peu en minorité dominante fonctionnant sur une logique de contrôle. Lorsque la logique passe de l’adhésion au contrôle, l’unité de la civilisation se brise et apparaissent deux types de prolétariat, c’est à dire deux groupes qui ne se sentent plus comme faisant partie du tout : un groupe interne (dissidence), et un groupe externe (les barbares). “
Philippe Silberzahn (mise en gras dans l’article original)

Il rajoute que selon Toynbee les effets d’une cassure ne sont pas immédiats : une civilisation peut continuer sur son inertie.

Malgré les limites du portage d’un domaine à un autre, Philippe Silberzahn remarque que cette approche permet aussi de comprendre le déclin de certaines entreprises et il le représente sur un diagramme Performance / Créativité (image ci-dessus). Il donne aussi quelques conseils de management.

Image et lien :La disparition de la capacité créative comme cause du déclin des organisations“. Par Philippe Silberzahn. Contrepoints. 6/01/2013


3. Urbanisation : Temps de trajet et répartition

Travel Time

(Cliquer sur l’image pour l’agrandir : 4283×2172 px, 1,5 MB)   

Trouvée via La Boîte Verte, cette carte réalisée par le Joint Research Centre in Ispra (Italie) et la Banque Mondiale complète bien la Lettre 44: “Urbanisation : le pouvoir des villes. Elle montre le temps de trajet pour atteindre la ville la plus proche

Voir aussi cette infographie signée Paul Scruton pour le Guardian (source indiquée : UNFPA) qui montre où habitaient en 2007 les 3 307 950 000 urbains (50% de la population mondiale).

Cliquer sur l’image pour la télécharger en format PDF (552 KB) :

The New Urban World (Guardian)

 


4. Video : Yann Frisch

Les prestidigitateurs ont déjà le don de faire se sentir minables tous ceux qui souffrent d’une faible proprioception, Yann Frisch désespérera en plus tous les distraits qui perdent tout…

Rem : vidéo sans parole.

Youtube: “20121201 21 北京 北京国际魔术大会实录:Yann Frisch(法国)《球》 in” (4’33”)


5. Articles cités

Buss, D. M., & Shackelford, T. K. (2008). Attractive Women Want it All: Good Genes, Economic Investment, Parenting Proclivities, and Emotional Commitment. Evolutionary Psychology, 6(1), 134–146.

Johnson, K. L., Iida, M., & Tassinary, L. G. (2012). Person (mis)perception: functionally biased sex categorization of bodies. Proceedings. Biological sciences / The Royal Society, 279(1749), 4982–9. doi:10.1098/rspb.2012.2060

Pawlowski, B., & Jasienska, G. (2008). Women’s body morphology and preferences for sexual partners’ characteristics. Evolution and Human Behavior, 29(1), 19–25. doi:10.1016/j.evolhumbehav.2007.07.003

Singh, D., Dixson, B., Jessop, T., Morgan, B., & Dixson, A. (2009). Cross-cultural consensus for waist–hip ratio and women’s attractiveness. Evol Hum Behav. Retrieved from http://www.medicalimageanalysisjournal.com/article/S1090-5138(09)00088-9/abstract

Srikanthan, P., Seeman, T. E., & Karlamangla, A. S. (2009). Waist-hip-ratio as a predictor of all-cause mortality in high-functioning older adults. Annals of epidemiology, 19(10), 724–31. doi:10.1016/j.annepidem.2009.05.003


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Citation de cette page :

(2013) : "Lettre Neuromonaco 53: Déclencheurs : le besoin d’exagérer". ( Neuromonaco. Retrieved from http://neuromonaco.com/lettres/lettre53.htm on 20 Dec 2014. 1747 words.

"[Lettre Neuromonaco 53: Déclencheurs : le besoin d’exagérer](http://neuromonaco.com/lettres/lettre53.htm)" Par Philippe Gouillou. _Neuromonaco_. 07 Jan 2013



3 Responses to “53: Déclencheurs : le besoin d’exagérer”

  1. […] Lettre 53 (“Biais cognitif : comment reconnait-on le sexe ?“) avait cité Johnson et al. (2012) qui avaient trouvé qu’une silhouette […]

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